Le ton de ses nouvelles se veut neutre en ce sens que le narrateur se positionne comme un témoin permanent de faits et dires. Rien ne révèle la part de vécu de Caldwell bien qu'on sache grâce à sa biographie très tardive et donc marquée par le vécu ultérieur de celui-ci qu' il a très souvent emprunté à des situations très concrètes les éléments qui trament nombre de ses histoires. Le jus de celles-ci est fait fragments d' existence de tous ces gagne-petits qui n'ont pu , faute de fortune ou d' éducation, jouir pleinement de tous les fruits de l'arbre de vie. Il nous rappelle cette autre Amérique de l'entre-deux guerres où de scandaleuses fortunes côtoyaient la plus extrême misère dans un état qui se voulait l'une des grandes démocraties après « l'inutile » boucherie de 1914-1918. Ainsi dans « La route au tabac », on assiste à la vie quotidienne de Jeeter au tournant des années 1920-1930 lorsque l' économie mondiale, dans l'une des banqueroutes dont elle serait plus familière sans l'intervention d' organisme de contrôle, amena des millions d'Américains à la famine, à la misère matérielle et morale sans autre espoir de survie que la mendicité ou quelques petits boulots plus proche de l'esclavage que d'un salariat dignement rétribué.
Quant au « Petit arpent de Bon dieu », c'est le récit du don d'un lopin de terre, fait au seigneur par le loqueteux Ty Ty pour qu'il bénisse sa ferme et lui fasse découvrir un trésor. Mais au cas où le dit trésor se trouverait justement dans le sacré carré, Ty Ty attribue au Tout-Puissant un bout de champs différent chaque jour. Le seul individu à peu près lucide de l'histoire est l'ouvrier Will qui sera tué au cours d'une grève. Les préoccupations sociales des années 1930 ne sont pas sans affecter le Sud, loin s'en faut.
Dans « Bagarre de Juillet » (1940), le noir Sonny est tué pour avoir, dit-on, violé une fillette dont on apprend en cours de lecture, le comportement un tantinet vicieux. Lorsque celle-ci accède à suffisamment de conscience et de culpabilité pour tenter d'intervenir et rétablir la vérité, elle est lynchée à son tour.
Délaissant un moment le problème noir, il a consacré aux pauvres blancs du Sud ses deux dernières œuvres : « A house in the Uploads » et « The sure hand of God ». On n'en finirait pas de raconter ainsi les histoires de Caldwell, paillardes, sociales, cruelles, humaines que complique, un certain temps, le ralliement de l'auteur à la doctrine communiste. Il s'en détournera après le deuxième conflit mondial, tirant les conséquences d'un séjour en URSS comme correspondant de guerre. Calwell reste pourtant fidèle à lui-même, continuant de prendre le parti des pauvres, des Noirs, des femmes de petite vertue, de tout ceux qui sont en butte à la vindicte de la société et, s'il caricature à outrance, c'est sans doûte l'effet de son excessif besoin de convaincre à tout prix. Le Sud, chez lui, n'est pas tragique et grandiose, comme on le trouve chez Faulkner, il est bouffon et désespéré.